vendredi 30 septembre 2016

Quand j'étais prof en 2015

Début 2016, je voulais profiter de mon temps libre (je travaillais comme professeure de Mathématiques à mi-temps, comprenez : maximum neuf heures par semaine en classe) pour relancer Cent-quatre-vingt-quatre, cette expérience avortée de blog à vocation scientifique.

Néanmoins, je ressentais avant ça le besoin de faire un point sur mon expérience de prof de l'année précédente.

J'ai écrit à cet effet un brouillon d'article sur Cent-quatre-vingt-quatre, intitulé "En voiture tout le monde !" parce que les titres des articles de Cent-quatre-vingt-quatre ont toujours eu le droit d'être un peu cryptiques.

Cet article ne me paraissait pas intéressant. Trop égocentrique, pas informatif. Pessimiste.

Mais mon copain l'a lu par curiosité et m'a conseillé, puisque je blogue désormais ici, de le retravailler légèrement et de le porter sur 2@&1⌨.

Allons-y gaiement.


En voiture tout le monde

Tudututuduuu, tutudutudututudu...

 J'ai souvent pensé à relancer Cent-quatre-vingt-quatre parce que j’ai toujours envie de rédiger ces petits morceaux de textes illustrés en rapport avec notre amie la science. En partie parce qu’au fond de moi, je suis et je resterai toujours une grande sœur qui a fait des études scientifiques, et aussi parce que j’aime bien recevoir et transmettre des informations par des voies de communication diverses.

 Pourtant, je n’ai aucune, mais alors aucune, envie de consacrer ma vie à une carrière dans l’enseignement.

 Et je vais éclaircir ce paradoxe tout de suite pour vous avec la première partie de mes aventures dans le professorat.


Le contexte

 Nous sommes en 2015, je viens de fêter mes 24 ans, et je suis dans la dèche. Suivant sans en avoir la moindre envie les conseils de quelqu’un d’autre, je décroche un emploi de professeure de Sciences Physiques (aka Physique-Chimie), en remplacement de quelqu’un qui part en congé parental. Je me dis que ce n’est que temporaire, que je vais bien parvenir à trouver un emploi dans mon vrai domaine de qualification – dont je vous parlerai une de ces fois, peut-être. Je me retrouve avec trois classes de cinquième, deux classes de quatrième, une classe de seconde et une classe de première.

 Je suis partie pour quatre mois et demi d’expérience professionnelle drainante et démoralisante.


Les mômeton.ne.s

 Soyons clairs : je n’ai jamais étudié les sciences de l’éducation, je n’ai aucune notion de psychologie, et je trouve que les enfants, quand y en a un ou deux, ça va, mais quand y en a plus ça fait des problèmes.

 J’étais donc très mal partie pour « tenir » des classes, « dresser » des élèves et imposer la moindre espèce de début de discipline. Je considère a posteriori que les élèves ont décidé de leur propre libre-arbitre s’ils désiraient se comporter correctement ou pas, et, sur deux cent dix petits cons, je pense qu’il n’y en a pas plus de cinq ou six qui ont changé d’attitude suite à une intervention de ma part. Je n’ai pas de physique imposant, pas de charisme animal, pas de compétences oratoires : je n’ai rien de naturel pour centrer l’attention d’un public, et je n’ai jamais appris les trucs artificiels pour y pallier.

 La sensation de drain, d’efforts balancés à l’égout, est assez bizarre. Comme vous pouvez le constater vous-mêmes, j’ai du mal à la décrire. Passer entre cinq et huit heures par jour à réaliser un one-woman show à destination d’un public difficile… Mouais, je n’arrive vraiment pas à décrire ce que ça fait.

Pour vous donner une idée des personnalités à gérer toutes en même temps,
voici la reconstitution de la constitution d'une classe de collège

...Et sa version lycée.
(NDLA : Je tiens à préciser que ces schémas sont d'époque et pas pompés sur ceux sortis récemment par un semi-célèbre enseignant d'anglais sarcastico-chelou que je n'ai pas besoin de citer).


L’impostorat

 J’ai un master de Chimie organique. Aux yeux de l’éducation nationale, ce diplôme me donne les compétences pour enseigner les bases de la physique et de la chimie à des enfants, me permettant de remplacer des professeurs titulaires manquant à leur poste.

 Je me permets d’émettre une objection.

 Ma mère AVS me l’a fait remarquer, le programme enseigné aux élèves de cinquième est borné pour être compréhensible par un enfant de douze ans. Logiquement, un enfant de quatorze ans est capable de transmettre ces savoirs à la génération d’après. Ce qui compte, ce qui fait la valeur d’une professeure, c’est la capacité à exprimer des notions complexes de façon simple et ordonnée, et à s’assurer que tout l’auditoire ait compris.

 Comme le monde de l’enseignement n’est pas entièrement constitué de chacals, le travail de conversion des notions complexes en cours accessibles aux enfants est déjà mâché dans les manuels scolaires et un grand nombre de ressources sur Internet. Reste la gestion de l’auditoire, et nous avons déjà établi que j’étais très nulle à ce jeu-là.

 Le remplacement est une très bonne porte d’entrée pour les licenciés qui pensent vouloir passer un master orienté éducation et le CAPES, dans le sens où ça les met dans le bain et ça leur permet de tester leur vocation. Mais comme travail alimentaire ? Urgh. S’il y avait eu qui que ce soit d’autre disponible pour prendre le poste, il aurait été clair pour tout le monde que j’étais une imposture et que je méritais d’être virée.

 Autant il est agréable de faire un travail qu'on sait faire, qu'on maîtrise, autant il est désagréable de mal faire un travail qu'on ne veut pas faire et qu'on n'a pas appris.

OUIII JE COMPOSE MOI-MÊME DES COURS ADAPTÉS À MES ÉLÈVES TOUT À FAIT

Les collègues

 Laissez-moi respirer un coup et clarifier un truc :

 J’ai eu la chance de rencontrer des gens vraiment très sympas, vraiment très aidant, qui m’ont aidée quand j’étais paumée. Je ne leur ai pas retourné la faveur, parce que c’est comme ça, on n’était pas sur un pied d’égalité question maîtrise de la situation, je ne pouvais rien faire pour leur rendre le temps qu’ils m’avaient prêté, point barre.

 J’ai également eu la malchance de tomber sur des collègues qui n’ont pas tenu compte, ou ont tiré parti de ma situation de petite nouvelle paumée. Dans un ordre de gravité :

  • La collègue avec qui j’ai un projet en commun et qui disparaît dans la nature sans me prévenir. Passer les oraux du CAPES ? Ah mais j’ai rien contre ça, c’est important les oraux du CAPES. Et les cours en demi-groupes ? Et la documentation qu’elle devait passer aux élèves sauf que non ? Et que je l’aie appris par quelqu’un d’autre trois semaines après son départ ?
  • La collègue qui resquille ma salle de TP. La première fois, elle m’a demandé si je pouvais ne pas prévoir de travaux pratiques la semaine suivante pour lui permettre de m’emprunter la salle. J’ai accepté. La deuxième fois, elle m’a demandé si je n’avais pas prévu de TP, pour pouvoir m’emprunter ma salle l’après-midi même. J’ai confirmé que non, et j’ai accepté. La cinquième fois, elle s’est juste pointée au milieu du cours dans ma salle de TP en exigeant que je la lui laisse. Pardon ?
  • Le supérieur qui n’a pas l’air de mesurer la portée de ses propos. En m’interrogeant sur une classe particulièrement difficile, il s’est arrêté sur une jeune fille. Il m’a recommandé de me montrer indulgente avec elle, parce qu’elle était « frappée par ses parents ». « Quand vous dites frappée, vous voulez dire : battue ? » Dodelinement de tête. « Oh, non, frappée. » Juste pour vous, camarades en cours de lecture, sans insulte à votre intelligence : si vous estimez que vous devez apporter du réconfort et de l’affection à quelqu’un à cause du comportement de ses parents, ce que votre empathie essaie de vous dire, c’est que cette personne se trouve dans une relation abusive. Et relation abusive + coups, excusez-moi, c’est à peu près la définition de « battue ». J’ai donc mené ma petite enquête, essayant d’y voir plus clair, et ai découvert plusieurs détails. Primo, que mon supérieur ne se contentait pas de soupçonner que la gamine était frappée : il en avait confirmation de la bouche de sa mère, qui pratiquait la beigne éducative (sans laisser de marques, sauf une ou deux fois les jours où elle était vraiment énervée). Deuxio, que personne d’autre de l’équipe éducative n’avait été tenu au courant. Tertio, que mon supérieur considérait que les enfants racisés ont un droit culturel à recevoir des baffes que les enfants blancs n’ont pas. (Notons, sur ce troisième point, que si le père de la gamine était bien racisé, il ne lui touchait pas un cheveu : c’était sa mère, blanche, qui cognait. Alors quand mon supérieur m’a sorti calmement que l’autorité du père via la violence physique était juste une différence culturelle à accepter, j’avais un voile rouge devant les yeux.) La gamine m’a juré que sa mère avait arrêté de la frapper systématiquement quand elle avait des problèmes au lycée et se contentait désormais de l’ignorer. Je ne sais pas ce qu’elle est devenue. J’espère qu’elle aura son Bac. J’espère qu’elle fera les études qu’elle veut. J’espère qu’elle s’en sortira même si je ne lui ai été d’aucune aide.
Pour mes camarades qui estiment que "c'est important d'avoir des contradictions,
ça fait de nous des êtres humains capables d'évoluer
", voici ce que m'a dit mon chef.
Dans la même conversation. Ça ne s'invente pas, ça ne s'explique pas.

    Conclusion

     Comment ? Vous vous sentez revenir à votre jeunesse lorsque vous browsiez des Skyblogs en 2004 ? Vous avez l’impression que je vous ai raconté ma vie au lieu de vous parler de science dans tout cet article (ce qui est une question rhétorique qui avait beaucoup plus de sens quand cet article était destiné à paraître sur mon blog sciences) ?

     Ouaip.

     Le truc avec l’enseignement, c’est que, prof de Sciences ou pas, ce n’est pas un métier scientifique. C’est un métier qui touche purement l’humain, et, plus précisément, des petits humains qui connaissent rien à rien alors que c'est pas bien compliqué de retenir les cinq premières lignes du tableau périodique m'enfin.

     Je vous ai sorti quelques anecdotes de derrière les fagots, je pourrais continuer. Comment on découvre à un conseil de classe qu’une élève de douze ans est orpheline depuis deux ans, le conseil de classe concluant « faut qu’elle se décide maintenant sur son orientation parce qu’une gamine comme ça fera pas d’études longues ». Comment on se retrouve à faire un discours de départ à sa classe la plus étrange et agitée ; comment on le remplit de reconnaissance de leur situation, de points de vue sur le monde, d’espoir ; comment on déclenche une crise de panique à une élève en admettant qu’on n’a pris ce boulot que parce qu’après son Bac+6 on s’est retrouvé sottement au chômage et à la rue...

     Je vous propose qu'on s'en tienne là. J'ai assez vidé mon sac. (Et ledit sac étant plein d'auto-apitoiement sur mon incapacité à aider les gens ayant réellement besoin d'aide, je vous propose de l'oublier définitivement.)

     Et maintenant que mon sac est vidé, qui sait : je vais peut-être pouvoir achever l'un des projets d'article sur Cent-quatre-vingt-quatre.


     Addendum 

     Vous allez rire, mais je poste cet article aujourd'hui entre tous les jours parce que je viens de rempiler. Je vais à nouveau être prof. Mais cette fois-ci, je ne suis pas en dèche totale, je ne saute pas sur le premier établissement qui veut de moi, et je l'ai, plus ou moins, choisi.


     Voyons ce que je fais de ce futur troisième poste.

    mardi 27 septembre 2016

    Décalquer des photos : pourquoi c'est mal, pourquoi je le fais.

    Permettez-moi d'expliquer le thème de l'article à l'éventuelle personne qui débarquerait totalement : 

    L'idée de la technique du décalque est de récupérer les grandes lignes d'une photo ou d'un dessin en dessinant directement par dessus. C'est assez facile si vous avez du papier calque, une table lumineuse, ou si vous êtes sur un logiciel de dessin comme le propriétaire Photoshop ou le libre GIMP. C'est même encore plus facile si vous suivez un tutoriel comme celui-ci où le logiciel le fait pour vous.


    vendredi 23 septembre 2016

    Les cendres sont encore brûlantes, un blog de 1964


    C'est cool, eBay l'a photographié pour moi.
    Un aigle tenant un serpent dans ses serres,
    tu sens le bon bail ?
    Les cendres sont encore brûlantes est un essai/recueil de pensées/"livre de raison" écrit par D.B. Drucker et publié en 1964.

    Il comporte soixante-trois courts textes exprimant des idées, racontant des anecdotes, bref étalant la pensée de l'auteur sur le monde qui l'entoure, les gens qu'il fréquente et l'histoire qu'il dépeint avec force roman national.

    D'où le titre de cet article : c'est un blog "société", mais de 1964.

    lundi 19 septembre 2016

    News du 19/09/16

    Parce que quand on donne des raisons de s'inquiéter...
    ... eh bien, parfois, les gens s'inquiètent.

    Bonjour tout le monde.

    J'avais dit au mois d'août que je remplacerais le système de news mensuelles par un système où je poste un article chaque fois que j'ai quelque chose à dire ou à publier, mais je me suis souvenu ensuite du vrai but des news les mois où je n'avais rien à vous proposer : me plaindre de ma vie.

    Parce que quand on donne des raisons de s'inquiéter, parfois, les gens s'inquiètent.


    vendredi 16 septembre 2016

    Dumbing of Age, un webcomic bien



    Dumbing of Age (parfois abrégé en DoA) est un webcomic (comprenez : bande-dessinée primo-publiée sur Internet) de David "Damn You" Willis publié depuis 2010 sur son site dédié. (Le premier strip est ici.)

    Pour ceux qui connaissent la musique et qui se demandent quel est le volume d'archives, le comic est actuellement au début de son septième livre ; les quatre premiers ont été autopubliés sous forme papier par l'auteur. (Un kickstarter a été bouclé il y a un certain temps pour le financement du cinquième. Ça tourne bien.)

    Que raconte Dumbing of Age ?

    mardi 13 septembre 2016

    Poisson dans l'eau

    Je suis ravie de vous présenter cette nouvelle.
    "Eh ! Je m'appelle Nadine." 
    Nadine est une petite fille particulière. Ses parents, Aidan, Luce, Benjamin et Nolan, l'élèvent du mieux qu'ils peuvent.
    Vu ce qu'ils lui ont fait, c'est très insuffisant.
    Voici le lien de téléchargement en PDF.
    Pour les aficionadoas du Forum des Jeunes Écrivains, une version web.


    mercredi 7 septembre 2016

    La date de péremption des histoires

    En réfléchissant à cet article, je me suis aperçu qu'il pouvait tromper la personne qui cliquerait sur le lien, alors je vais le dire tout de suite :

    Cet article ne traite pas d'avancée de la science ou de l'histoire, ni même de Zeerust. (Un article avec de beaux exemples de Zeerust pourrait être écrit mais, soyons sérieux, qu'apporterait-il à l'entrée de TVTropes ?)

    Cet article est un article d'écrivain qui se parle à lui-même. Si cette description vous fait déjà frissonner d'horreur, pas de souci, quitter la page est encore tout à fait envisageable.