Fais ce que tu aimes et tu ne travailleras jamais un jour de ta vie car tu seras au chômage
Comme vous le savez peut-être, mon parcours d'études a compris, dans l'ordre :
- Un bac scientifique (j'aimais la chimie)
- Plusieurs années de chimie à la fac (jusqu'à valider un bac+5)
- Une année de gestion des risques industriels (en me disant que ça me permettrait de bosser dans la sécurité des produits chimiques, par exemple)
- Plusieurs années de cours du soir en histoire et sociologie des sciences (parce que je bossais comme animatrice scientifique et que je me disais que ça ne me ferait pas de mal d'avoir un socle théorique).
C'était très bien, je ne regrette rien, étudier développe l'esprit d'une manière que le travail ne permet pas car apprendre et taffer sont deux activités différentes, mais : le temps passant, le travail de mon partenaire principal m'emmenant dans la plus petite des grandes villes de France, j'ai vu mes perspectives d'emploi réduire et disparaître.
Or, nous aimerions fonder une famille avec deux salaires.
D'où une dernière tentative pour prendre le socle fondamental de ma motivation professionnelle, qui est "les substances chimiques ont toute mon attention", et de lui trouver une nouvelle application dans un domaine qui recrute et qui n'ait pas un défaut flagrant à mes yeux.
Exemples de domaines professionnels rejetés :
La médiation scientifique. Ne me recrute pas.
L'enseignement des sciences physiques. Défaut flagrant : il faut crier sur des enfants.
L'industrie chimique. Recrute des ingénieurs. Je ne suis pas ingénieur.
Le journalisme scientifique. Ne recrute pas + défaut flagrant : il faut écrire vite et je suis une tortue.
L'écriture de science-fiction dans l'objectif de tirer un revenu des droits d'aut-pffffrrrrrthahahahaha.
J'ai fini par en trouver un que j'ai résolu d'explorer, d'autant qu'il m'avait fait de l’œil quand j'avais dix-sept ans et que je devais choisir quoi faire après le lycée :
La pharmacie. C'est-à-dire la connaissance et le gardiennage des substances chimiques capables d'améliorer (ou, mal utilisées, d'empirer, d'où le gardiennage) l'état de santé des êtres humains. Les études longues pour devenir pharmacienne semblaient incompatibles avec la fondation prochaine d'une famille : qu'à cela ne tienne, je me suis inscrite aux études courtes pour devenir préparatrice (employée spécialisée) en pharmacie et ai commencé à chercher une entreprise pour mon alternance.
Rejoindre une condition sociale dont les gens normaux essaient de se barrer
...
Pourtant j'étais déjà social-quelquechosiste. J'aurais dû voir le coup venir. Mais, si j'avais déjà occupé des emplois, dans le sens où j'ai répondu à des offres et qu'on m'a fait signer un contrat et conféré des tâches à accomplir, je n'avais jamais été une employée, au sens pur, au contact du patron tous les jours, au sein d'une équipe minuscule.
Eh bien c'est compliqué. C'est objectifiant : pour le patron, vous êtes un objet qui bouge et qui parle, sur lequel il a tout pouvoir non-explicitement interdit par le code du Travail au prétexte qu'il a promis de vous verser un salaire en fin de mois. C'est rabaissant : vous êtes hiérarchiquement en bas de l'échelle, et le mieux que vous puissiez espérer est d'acquérir de l'ancienneté pour être payée un peu mieux à continuer d'être rabaissée.
Je crois qu'être la fille d'une cheffe d'entreprise a biaisé ma croyance dans ma capacité à parler le même langage qu'un chef d'entreprise et à développer une relation professionnelle mutuellement bénéficiaire avec un employeur qui est également un petit patron.
Bon, l'échantillon est biaisé d'autres manières : je n'ai jusqu'ici trouvé des officines de pharmacie prêtes à m'accueillir dans le cadre de cette reconversion (donc sans diplôme, et avec une rémunération d'alternance plus élevée due à mon grand âge) qu'en milieu rural. C'est en train de me faire développer un désir ardent de ne plus jamais remettre les pieds à la campagne. Je suis trop descendante de métèques, trop membre de la mafia alphabet et trop polygame pour me fondre dans la culture d'entreprise, et c'est pesant d'entendre, pause-café après pause-café, les avis des uns et des autres sur quel genre de personnes devrait être expulsé du territoire, enfermé en hôpital psychiatrique ou stérilisé de force.
Je ne détaillerai pas les argumentaires parce que cet article n'a pas vocation à être un ramassis de propos racistes, homophobes, anti-féministes et généralement haineux.
Et sinon, cette histoire de chimie appliquée à un domaine professionnel qui recrute ?
Scientifiquement, je m'éclate ! Les sillons cérébraux sont creusés bien profond, j'ai recommencé à lire des articles académiques et à aimer ça...
Et encore mieux (ou en tout cas plus concret), quand je suis seule derrière mon comptoir avec des patients, qu'ils aient besoin du contenu d'une ordonnance ou d'une réponse à un symptôme gênant, l'état de flow est là, la satisfaction professionnelle est là, je me dis que ouaip, j'ai bien trouvé les éléments épars qui me font me sentir utile et vivante et identifié le métier qui va me permettre de les revivre jour après jour.
Après, je retourne en arrière-boutique et mes collègues me parlent mal parce que j'ai dit bonjour au patient avec 0.000001 secondes de retard, parce qu'elles se sont levées du pied gauche, ou parce que leurs parents les ont élevées à grand renfort de hurlements et qu'elles pensent donc que c'est comme ça qu'on s'adresse aux inférieurs hiérarchiques.
Les perspectives une fois le diplôme obtenu
Quand on ne se fond pas bien dans une équipe, la solution magique, c'est de faire le mercenaire : CDDs ou intérim, y a de la demande et je m'en tape de la précarité contractuelle, mon problème n'a jamais été d'être en contrat à durée déterminée mais de ne pas enchaîner assez vite les contrats à durée déterminée pour en vivre.
On verra si je trouve, quelque part pas trop loin de chez moi, un environnement professionnel qui ne me donne ni l'envie ni les arguments médicaux pour partir en arrêt maladie au bout de trois jours.
Mais, euh, ça va ?
Oh, bah oui ! Je hais l'entièreté des gens avec qui je bosse, mais ça va ! Mon médecin traitant parle en alternance de burn-out et de dépression depuis un an, mais ça va ! Et ça, c'était avant que ma colonne vertébrale décide de m'inventer une névralgie cervico-brachiale alors qu'on compte sur moi au boulot pour porter des cartons lourds sur plusieurs étages et que ma maison brûle avec toutes mes affaires dedans, mais ça va ! Bien évidemment que ça va ! Qu'est-ce qu'on va devenir si ça ne va pas ? Pas des gens avec un diplôme de plus pour améliorer leurs perspectives d'emploi, hahaha !
Un article de blog n'est pas le meilleur endroit pour une mise en scène hystérique
...
Je suis malheureuse au travail mais pas malheureuse de mon nouveau métier. C'est une réalité bizarre avec laquelle je compose depuis bientôt deux ans. La résolution de cette réalité bizarre, c'est que je vais mettre fin à mon contrat, d'une manière ou d'une autre, dès que j'aurai la confirmation que mes résultats d'examen me permettent d'obtenir mon diplôme.
Après ça, normalement, ce sera le début d'une nouvelle vie. Nouvelle vie dans laquelle j'aurai toujours une belle maison, un partenaire de vie, un amant, une amante, un chat, un dragon barbu, dans laquelle j'aurai des perspectives d'emploi stimulantes et assez d'argent pour envisager sereinement d'agrandir ma famille, et dans laquelle je n'aurai plus jamais besoin de me soucier des trois électrices d'extrême-droite et des deux macronistes avec lesquels je suis contrainte de travailler aujourd'hui.
Enfin, bref. C'est moins positif que le dernier article, mais j'échoue depuis un mois à écrire un article positif sur le sujet : le moment était venu d'arrêter de nier mes émotions et de les laisser s'exprimer. Dans le prochain, je voudrais vous parler de choses plus réjouissantes : ce que j'écris en ce moment et qui a de bonnes chances de sortir un jour.
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