mercredi 8 mars 2017

Apprentissage, nouvelle

Dans le cadre du projet de mise à jour de mars 2017, j'ai le plaisir de remettre cette courte nouvelle en lumière pour papoter de ce qui la compose.
L’Apprentie sort de ses profondes poches un morceau de craie.
Une ombre surgit dans son dos.

L'Apprentie sorcière, chassée de la maison par sa mère le temps d'un après-midi, se rend à la Bibliothèque. La Bibliothécaire n'en est pas ravie.
Voici un lien de téléchargement en PDF
Ce qui va se dire ensuite est du blabla et de l'explication de texte, que vous êtes libres de lire avant, après, ou pas du tout.

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Une sorcière sur un balai

À quinze ans, j'ai débuté l'écriture d'une histoire de fantasy très très mauvaise et très très clichée1.

L'âge avançant, j'ai attrapé un dédain certain pour moi-du-passé, qui a mené à la résolution d'éviter les clichés à tout prix.

C'était avant de découvrir que la créativité humaine a ses limites et que beaucoup d'histoires sont des réécritures, des échos, des mélanges d'éléments connus. Un ensemble de tropes (attention, lien en anglais et susceptible de vous aspirer l'âme).

Wattpad m'a un peu décomplexée2.

Avec le bon twist, il est possible d'utiliser une idée rebattue. Certains twists ne me parlent pas, comme les bouquins de fantasy ultra-sérieux basés sur des déclinaisons de l'univers Donjons et Dragons3, mais ça ne veut pas dire que twister quelque chose d'existant est nase en soi et que je devrais me priver de reprendre des éléments qui me parlent pour raconter des histoires avec4.

Comme, par exemple, l'image clichée de la sorcière sur son balai qui s'habille en noir et jette des sorts aux gens, ou celle du vampire qui rôde dans les ombres et boit du sang. Surtout si c'est pour une nouvelle offerte sur Internet, j'ai envie de dire5.

Le cliché est un raccourci facile ; toute la question est de savoir si la pensée devrait être raccourcie ou non. Quand je mets en scène une sorcière sur un balai, je n'ai pas besoin d'expliquer qu'elle pratique la magie et est capable de jeter des sorts, et c'est ça en moins à faire dans le récit. Ce qui tombe bien, parce que la description des pouvoirs magiques du personnage principal n'est pas ce qui m'intéressait.


Des cercles tracés à la craie

Dans le genre "cliché utilisé comme évocation de choses connues pour ne pas avoir besoin d'expliquer ce qui se passe", le mini-système de magie improvisé se tient là : c'est une très vieille idée qu'on peut influer sur le monde en écrivant des choses.

Histoire de rester simple et de ne pas multiplier les explications magiques, le balai volant devient un balai sur lequel est écrit une série de sorts qui le font voler. Avoir un balai sous la main, c'est aussi utile pour effacer ce qu'on vient d'écrire à la craie.

On notera qu'à un moment l'Apprentie sorcière ensorcelle son propre sang en s'écrivant sur le bras, ce qui est émo en diable.


Une fois les clichés installés

Vous pourriez me poser une question, qui serait une bonne question : une fois qu'on enlève les clichés de la low fantasy, qu'on oublie la magie clichée, les sorcières clichées et les vampires clichés, il reste quoi, elle raconte quoi, la nouvelle ?

Ben, pour moi, c'est l'histoire d'une pré-ado qui ne pige pas bien comment on interagit de manière civilisée. Elle fait un tour en ville et se prend le chou avec une employée municipale. Sa mère est obligée d'intervenir pour régler le conflit, elle fait même un cadeau à l'employée municipale pour, de façon détournée, faire pardonner sa fille. Du coup ça lui fout la honte, à la maman, et elle engueule sa fille pour l'avoir obligée à en arriver là6.

L'idée, c'est que la puissance brute de la magie est moins utile que l'art de ne pas s'engueuler avec les gens, ce que je constate régulièrement en remplissant des dossiers administratifs7.



  1. Alors *prend sa respiration* c'est dans un monde médiéval fantastique, il y a une famille avec un papa forgeron une maman noble mais morte et trois fils et une fille, les esprits demandent au papa forgeron de forger une épée avec le cœur d'une étoile filante pour pourfendre le futur envahisseur étranger de son pays (qui vient d'un pays au sud où on parle espagnol, LET'S BUILD A WALL) dont la magie est assez puissante pour le protéger du métal terrestre mais pas du métal céleste, et puis une prophétie dit que la fille est la clé de la défaite de l'envahisseur mais c'est pas clair s'il ferait mieux de la tuer ou de la garder en vie parce que s'il la tue sa famille pourrait vouloir la venger, du coup le méchant la kidnappe, et elle doit parcourir un chemin intérieur parce qu'elle est guérisseuse et que raccourcir les gens au niveau du cou c'est pas trop son délire, puis elle tue l'envahisseur et elle monte sur le trône et voilà.
    C'était pas bien.
  2. Genre vraiment. Tout le monde s'en fout des clichés. Ça détend.
  3. Ou cette série avec un elfe albinos qui... a une épée qui mange des âmes ? Je ne sais plus. Ma curiosité est négative : je suis repoussée par l'idée d'en apprendre plus sur le sujet.
  4. Je ne me suis jamais sentie aussi près, spirituellement, des auteurs et autrices de fanfic.
  5. Pas que je vous méprise, mais ça va quoi, j'écris pour m'amuser d'abord.
  6. Il n'y a pas de prénoms : c'est volontaire.
  7. Pendant ce temps, le reste de ma famille réduit son espérance de vie en criant sur des guichetiers. Eh, chacun son style.

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