mardi 7 mars 2017

La Solitude, nouvelle

Ceci est un article sur une nouvelle qui est sortie il y a déjà un certain temps, mais avant cette ère faste où j'écris un article par nouvelle sortie.
— Tu vas bien ? Tu n’as pas ouvert la bouche.
— Qu’est-ce que c’est que cette merde ?
Clovis mène une existence tout à fait ordinaire.
Si ordinaire qu'elle est menacée par la simple possibilité d'un autre mode de vie.

Voici le lien de téléchargement en PDF
Voici une version en ligne sur Wattpad
Voici une version en ligne sur Calaméo

Ce qui va se dire ensuite est du blabla et de l'explication de texte, que vous êtes libres de lire avant, après, ou pas du tout.

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La nouvelle ayant un tout petit succès à toute petite échelle plutôt cool1, je me suis dit que ça justifiait un article où j'expliquerais un peu le dawa. Pour la science. La science de l'écriture, certes, mais la science quand même.

Parce que cette nouvelle n'est clairement pas écrite de façon aléatoire et comporte un nombre important de grosses ficelles, et que les ficelles sont plus utiles quand on apprend à tirer dessus que quand on s'étrangle avec2.


Les personnages

Ce sont tous des personnages-fonction.

Je hoche la tête en souriant quand on me dit qu'on sent bien leur humanité, leur profondeur et leur mystère, parce que, je me répète :

Ce sont TOUS des personnages-fonction, par rapport au héros qui est Clovis.

Je pourrais tenter de le justifier, dans le sens où l'histoire tourne autour du fait que Clovis a du mal à créer des liens forts avec d'autres gens : on pourrait considérer que c'est lui qui ne voit les autres personnages que par leur fonction dans sa vie et que sa focalisation fait plier la nouvelle dans ce sens. Néanmoins, j'ai effectivement écrit la nouvelle comme étant une série d'interaction entre pas-Clovis n°1 et Clovis, pas-Clovis n°2 et Clovis, etc3.

Pas-Clovis n°1, aussi appelée Chloé, est d'abord un objet de mépris pour Clovis, quelqu'un à qui se comparer pour se dire qu'il est mieux qu'elle ; puis, quand il vient l'emmerder chez elle à pas d'heure, elle devient un miroir pour son mal-être. Et à la fin, la situation dans laquelle se trouvait Chloé au début devient celle de Clovis. C'est extrêmement transparent. Ses deux caractéristiques sont sa dépression et son crush sur Malik.

Pas-Clovis n°2, aussi appelé Malik, est un gars qui est là pour que l'histoire existe : il présente Chloé et Clovis. C'est sa seule fonction, et c'est très honteux. Ses deux caractéristiques sont sa pédagogie dans son travail associatif et son prénom, le seul de toute la nouvelle à suggérer la possibilité que le personnage ne soit pas blanc. (Honteux.)

Pas-Clovis n°3, aussi appelée Adeline, est l'ancienne partenaire de Clovis : c'est La Femme (prononcez Fâme). Le cas classique de "elle m'a quitté mais c'était trop injuste et je n'ai pas compris pourquoi". Elle sert à montrer que Clovis peut être à côté de la plaque de façon dramatique. Ses deux caractéristiques sont d'être une femme et d'être l'ex de Clovis.

Pas-Clovis n°4, aussi appelé Jimmy, est encore un gars présent pour que l'histoire existe : il retape Clovis après sa rupture et il le garde socialisé, ce que Clovis ne peut pas gérer lui-même. Puis il fait apparaître le dérivé de MDMA dans le récit. Ses deux caractéristiques sont de savoir faire la fête et de savoir faire de la drogue.

Pas-Clovis n°5, aussi appelée Sarah, est une femme qui drague Clovis. Elle sert à mettre en lumière son malaise face à des interactions sociales qu'il ne maîtrise pas. Ses deux caractéristiques sont d'être politiquement orientée à gauche et de réfléchir à la couleur de ses oreillers.

Pas-Clovis n°6, aussi appelé Éric, est un miroir de Clovis. Dans la situation "Personne normale découvre Personne cloîtrée et est choquée", il reprend le rôle de la Personne normale quand Clovis adopte celui de la Personne cloîtrée. Ses deux caractéristiques sont d'avoir une barbe mal rasée et de porter une veste en cuir.

J'ai de la bienveillance pour tous ces personnages (sauf Clovis4), mais on ne peut pas vraiment parler de respect. Ils n'existent pas par eux-mêmes mais uniquement pour servir l'histoire. Tiens, par exemple au début Jimmy et Malik étaient la même personne, mais je me suis dit que c'était trop de travail pour un personnage et je les ai scindés en deux.


La signification des prénoms

Pour aider à l'identification, les prénoms ont été choisi avec parfois un petit manque de subtilité des gros sabots.

Clovis s'appelle Clovis parce que :
  1. Ce n'est pas trop courant, donc peu de chance qu'un lecteur s'appelle comme lui et se sente visé/sorti du récit (j'ai déjà dû vous le dire, je n'aime pas trop normalement qu'un personnage s'appelle comme oim') ;
  2. Ça fait plus vieux que la France, et dans ma tête Clovis a une mentalité de vieux français ;
  3. Il y a littéralement "clôt" dedans.
Malik s'appelle Malik parce que ça ne sonne pas plus vieux que la France. Je n'ai pas développé dessus, mais Malik est "l'ami noir" de Clovis. Dans le sens social du terme : un "ami" qui sert de caution sociale (eh, il bosse dans le social, apparemment) mais qui en termes d'intimité se rapprocherait plus d'une connaissance. Ce n'est pas précisé, alors il est peut-être noir. Il est peut-être arabe. Il est peut-être scandinave (si si) (ouais, non).

Chloé s'appelle Chloé parce qu'il y a "clôt" dedans.

Adeline s'appelle Adeline parce que ça commence par A et finit par INE, une façon de renforcer son statut de LA FÂME.

Jimmy s'appelle Jimmy à cause de l'album American Idiot de Green Day ! Le personnage de "Saint Jimmy" est un dealer maxi-coté dans l'histoire de l'album.

Sarah s'appelle Sarah parce que c'est un prénom féminin qui ne ressemble pas trop aux autres prénoms féminins de l'histoire (la différenciation des personnages, tout ça).

Éric s'appelle Éric sans doute par inspiration de la saga MP3 Trimoria de Flo. Éric y est un "type normal" par opposition au personnage principal décalé.


Le schéma

C'est l'histoire d'un changement d'avis. Le truc est donc simple :
  1.  Clovis a une opinion O
  2.  Il découvre l'existence de l'opinion P opposée à la sienne
  3.  Il constate les limites de son opinion O
  4.  Il apprend à respecter l'opinion P
  5.  Il adopte une opinion O', évolution de la sienne pour se rapprocher de P.
Il ne change pas que d'avis, il change aussi de mode de vie parce que l'histoire ne serait pas intéressante si elle n'avait pas des conséquences tangibles. J'ai essayé de faire en sorte que ce soit un peu subtil, que tous les autres personnages ne passent pas leur temps à dire à Clovis "TU AS TORT, CHANGE DES TRUCS DANS TA TÊTE", mais c'est ce qui se passe "comme par hasard".

Il comprend que toute sa "normalité" ne compense pas son absence d'attention pour ses amis, qu'il devrait se préoccuper de son dégoût pour des choses très simples comme être dragué, être touché ou être sale au lieu d'agir comme s'il ne le ressentait pas, et que mépriser tout ce qui échoue à se plier à la normalité ne le rendra pas plus heureux.

Chose amusante, à la base, la fin devait être pessimiste : Clovis s'enfermait chez lui et c'était sa punition pour ne pas être une bonne personne.
... il faut préciser aussi que la seconde scène avec Chloé n'existait pas : elle n'avait jamais l'occasion d'expliquer son point de vue, elle ne servait que d'objet de mépris.
Bref : le message de base était désastreux et je suis heureuse qu'il ait évolué. Il faut croire que j'ai appris quelques petites choses sur la normalité en écrivant. (Comme quoi, changer d'avis n'est pas forcément une punition).


"Vous"

Jimmy donne à Clovis une drogue qui "crée un effet d'empathie de nulle part", "crée une présence"5. Du coup, je me suis retrouvée bêtement avec une situation pas intéressante : Clovis imagine une présence et il est clair pour le lecteur que ce n'est que son imagination. Je la supposais féminine, donc une "elle". La scène ressemblait donc à ça :

Soudain, Clovis la perçoit, mais elle n'est pas là parce que c'est une hallucination, honhonhon, tout le monde s'en fout, zéro enjeux.

Le "vous" désignant la présence pète la règle : le récit était écrit à la troisième personne, focalisation interne, passé, un "vous" n'a strictement rien à faire là. Du coup, il provoque un sentiment de bizarrerie à la lecture - et ça tombe bien puisque Clovis aussi se sent bizarre. Rebelote quand Clovis affirme que "vous n'existez pas", alors que vous auriez tendance à prendre ce "vous" pour vous, vu que c'est comme ça que ça fonctionne, un "vous".

Je me la raconte mais c'est parce que je suis contente : ce petit truc a sauvé la scène qui n'aurait eu aucun intérêt sans ça. L'effet de surprise passé, le "vous" perd de son sel, donc s'il est à sa place dans la nouvelle je ne le collerais pas dans un roman.

En généralisant, je me dis qu'une nouvelle peut se permettre de casser un petit quelque chose d'établi, parce qu'elle est courte, parce qu'elle permet d'expérimenter à plus petite échelle. Exemple : je casse les pronoms et ça a l'air de fonctionner.


Bon.

C'était à peu près tout ce que j'avais à dire sur la Solitude. J'espère que la nouvelle vous a plu et que l'explication de texte ne vous a pas trop ennuyés !


  1. Comprenez que je reçois encore des commentaires sur Wattpad alors que j'ai posté il y a longtemps et que je ne fais pas spécialement de promotion6.
  2. Par exemple, vous constatez que cette analogie ne fonctionne pas du tout, et vous pourrez vous épargner de la reprendre.
  3. Certains sont inspirés de personnes réelles mais vous ne saurez pas lesquelles parce que je ne parlerai jamais.
  4. Je lui fais dire des trucs méchants et après je les lui reproche, les écrivaines sont cruelles. 
  5. À ma connaissance, ce truc n'existe pas. C'est le premier élément fantastique du récit. Le deuxième élément fantastique, c'est que Clovis obtient son mi-temps et son télétravail à la fin de l'histoire.
  6. Cet article a été écrit avant la mise en place du projet de mars 2017.

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