mercredi 31 mai 2017

La dérision saine commence par l'autodérision : Le Bras de l'Épée, partie 1

Salut les jeunes,

Un grand sage a dit un jour : "il est toujours intéressant de produire de la méta-culture, mais n'oubliez pas de réaliser quelque chose de vraiment nouveau". Ou quelque chose d'approchant.

Ce que François TJP voulait dire par là, c'est que c'est toujours rigolo de faire des articles de blog, des podcasts et des vidéos se moquant d’œuvres plus ou moins maladroites, subtiles ou populaires, mais que sans ces œuvres de base, toute cette culture de la moquerie se casse la gueule.

Il est donc important de créer des choses originales pour que des gens puissent cracher dessus plus tard.

Puisque notre série sur mes jeux vidéo préférés est terminée, je vous propose de nous adonner à l'art du riff sur un autre monument de ma jeunesse :

Le roman de fantasy que j'ai commencé à écrire quand j'avais quinze ans.


Allons-y pour cette redécouverte de "Le Bras de l’Épée", l'histoire d'une jeune fille destinée par une prophétie à faire passer une épée à travers un méchant de façon létale et qui y parvient à la fin (mais c'était duuuur).

Nous sommes partis pour quelque chose de très gênant et très mal écrit alors : pas d'extraits. Juste du résumé.

Et une carte pour situer l'action.

Oui c'est un gros rectangle, t'inquiètes pas on n'a pas besoin de plus.


Chapitres 1 à 4

Dans le chapitre 1, sans plus d'introduction, un mec à cheval qui parle précieux arrive devant la porte d'un mec à pied qui parle un peu moins précieux.

Le mec à cheval s'appelle Armand de Tour d'Airain : il est le fils aîné et héritier d'un baron en train de claquer qui l'a supplié avant sa mort de trouver une épouse et de continuer leur lignée en ligne droite sans recourir à des artifices tels que nommer comme héritiers les futurs enfants de son frère cadet ; en menant sa petite enquête, Armand a découvert que la dernière femme noble ni mariée ni fiancée du pays était la fille d'un duc, qui a certes passé ses trente ans mais qui en théorie devrait être capable de lui faire un ou deux gamins.

Le mec à pied s'appelle Jean ; il est le forgeron du coin, vivant à l'écart du village parce qu'il tape vraiment dur sur l'enclume et que ça donne la migraine à tout le monde. Il essaie désespérément de cacher qu'il a été anobli par le duc local il y a vingt ans, a épousé son héritière, lui a fait quatre enfants, et a brillamment transformé ce territoire autrefois féodal en communauté socialiste autogérée au nez et à la barbe du reste du monde.

Avant de revenir à l'action, parlons vite-fait des enfants de Jean. L'aîné, Marc, ne sait rien faire à part manier l'épée. Dans une région qui a décidé que la chevalerie était une notion très surfaite, c'est un problème. La puînée, El'hya, sert d'apprentie à la guérisseuse du coin qui, c'est cocasse, est mourante. (C'est cocasse parce que du coup elle ne peut pas se guérir elle-même. Mince, vous devez penser que je suis horrible). Le cadet, Lionel, est destiné à reprendre la forge de son père. Le benjamin, Héliacin, est une espèce de creep qui passe sa vie à se planquer et à ne pas participer aux tâches ménagères. La mère de tout ce petit monde, Isabeau, est morte à la naissance du dernier ; ce qui est ballot puisque c'était elle qu'Armand croyait encore vivante et célibataire.

Vous aurez peut-être remarqué que l'un de ces prénoms n'est pas comme les autres. Devinez qui est l'élue d'une prophétie ?

Revenons à l'action. Armand fait un caca nerveux parce qu'il n'est pas reçu comme son rang l'exige. Jean, au lieu de protéger sa communauté en répondant "Dis donc pépère c'est moi le duc et je te reçois exactement comme je veux", fait n'importe quoi dans l'espoir de l'embrouiller et lui balance les bails de la communauté autogérée. Armand dispose donc d'un formidable levier pour faire chanter Jean, et l'utilise dès le chapitre 2 : il y exige par courrier que Jean se rende à un tournoi avec sa famille, puis qu'il lui donne sa fille en mariage quand elle aura l'âge pour ce faire - quand ce malaise à forme humaine a appris son existence, elle avait quinze ans. Bravo Jean. Zéro sur vingt. Meilleur protecteur de ton pays et de tes enfants.

Carte :

Comptez pas sur moi pour garder la trace des noms, pfiou.

Nous rejoignons le tournoi au chapitre 3. La petite famille est là pour du damage control puisqu'Armand, désormais baron à la place de son daron, a toujours de quoi les faire chanter. Nous apprenons encore un truc sur la famille de Jean : elle possède une épée qui parle par télépathie et que les membres de la famille peuvent invoquer dans leur main à la place d'une autre épée (conservation de la masse, tout ça). Marc gagne des trucs et se fait remarquer, El'hya se fait stalker par Armand, Lionel dragouille des filles nobles et se fait tatouer un symbole d'amour éternel sur la poitrine par la plus motivée (ou la plus cinglée) d'entre elles.

Carte :



Le chapitre 4 est un flash-back parce que l'autrice (tousse, tousse) a dû se rendre compte qu'elle balançait des trucs au hasard et qu'un peu de backstory ferait du bien à la compréhension. Ce flash-back parle de l'épée magique, qui s'appelle Namakin Darhya ou Na'hya en abrégé et qui a été forgée par Jean à partir d'un météore puis possédée par un des esprits qui surveillent le monde et décident de son destin à l'aide de prophéties.

Ce sont ces esprits prophètes qui ont filé son prénom à la fille à peine née de Jean, El'hya ; la guérisseuse du coin, faisant partie des gens qui espionnent les esprits (c'est tout un club de gens informés qui essaie de choper des prophéties en avant-première pour s'y préparer), pige que c'est le diminutif d'Eladoran Darhya et que ça signifie qu'elle est l'élue de la prophétie numéro 251852475218862954552, qui dit qu'elle va passer l'épée magique à travers un méchant de façon létale. Par ailleurs, Jean reçoit une autre prophétie encore plus sympa : celle que les épouses de ses fils mourront s'ils se voient devenir pères.

Les esprits ont également béni Jean du don de magie, qui est un petit problème pour lui parce que la politique du royaume auquel il appartient est de cramer les magiciens. En plus de l'ennuyer, ça ajoute une incohérence : mec, tu as une position d'autorité officielle et des pouvoirs magiques et tu ne peux pas calmer sa joie à un tout petit maître chanteur qui essaie de marier ta fille de force ?

Je traiterais bien Jean de gros bouffon mais, soyons sérieux, il n'est pas aidé par le fait qu'il est écrit par une jeune fille de quinze ans.


Chapitres 5 et 6

Chapitre 5. Deux ans ont passé depuis le chapitre 1. (Je me souviens de ça mais me demandez pas pour le reste, j'ai perdu ma chronologie).

La petite maisonnée que nous suivons depuis le début est chamboulée par deux événements.
L'aîné de la bande, Marc, s'est marié ; son épouse Fréjane s'est installée au domicile de la famille de Jean, comme ça, pif pouf.
La puînée, oui je force un peu avec le mot puînée parce que je le trouve cool, El'hya, est en plein dans ses préparatifs de départ. Jean n'est pas très très content de ne pas avoir pu annuler ce mariage forcé par chantage, mais il n'est pas très doué non plus vu qu'en deux ans il aurait pu trouver un milliard d'occasions pour l'empêcher.

Le plus flippant avec cette affaire, c'est que personne d'autre dans le village n'a l'air inquiet de ce mariage forcé par chantage ; tout le monde est en mode "Ouah félicitations trop content pour toi" alors que du coup y aura plus de guérisseuse à une journée de marche à la ronde.

Nous apprenons aussi que le cadet, Lionel développe un problème avec l'alcool depuis qu'il a bu ses premiers verres dans le chapitre 3. Quant au benjamin Héliacin, c'est toujours un petit creep qui communique mal et fait des trucs dans son coin. (C'était histoire de rattraper la vie du reste de la famille. Très très la sitcom tout ça).

En fin de chapitre, Jean apprend à Marc qu'un comte nommé Gilliam de Cerclade qui vit à l'autre bout du pays a été très impressionné par ses performances du chapitre 3 ; il lui a poliment demandé par courrier s'il pouvait lui emprunter Marc, sachant que Jean a trois fils et que lui n'a pas d'enfants, allez steuplé, fais pas ton rat.

Marc accepte cette opportunité professionnelle et convainc Fréjane, un peu réticente au début parce qu'elle aime bien sa communauté autogérée. Jean en profite pour souffler à Marc le coup de la prophétie sur sa femme qui mourra s'il lui fait un gosse ; Marc répond que c'est bon, en réfléchissant bien, une prophétie, ça se hacke. Jean est un peu inquiet face au risque que Fréjane pète un plomb à cause de la prophétie, Marc lâche "non mais t'inquiètes, elle a pas de problème avec les prophéties, elle déteste juste les magiciens mais on n'en a pas dans la famille alors balek".

Jean est donc dans le malaise sur tous les fronts et nous quittons ce chapitre sur l'annonce de l'arrivée d'Armand de Tour d'Airain venu récupérer sa fiancée.

Carte : 


Trois mois plus tard, dans le chapitre 6, Armand papote avec les hommes d'armes de sa baronnie : des nouvelles venues du sud disent que les mexicains ont traversé le Rio Grande...

Pardon : des nouvelles disent que les maras, peuple brun et fier qui vit au-delà de la frontière sud du royaume de nos héros (son nom est d'ailleurs enfin lâché, il s'appelle l'Ethrinie) perce vers le nord dans le but d'envahir parce que pourquoi pas. C'est une routine pour les habitants : chaque fois que le royaume de Mara change de roi, le nouveau souverain entre en guerre contre l'Ethrinie. Au milieu de cette réunion de crise déboule El'hya, et, devinez quoi : le mariage forcé par chantage a tourné vinaigre.

Armand a changé son prénom officiel d'El'hya en Helena parce qu'il est allergique aux apostrophes, lui dit quoi porter comme vêtements puis se plaint qu'elle ne les remplit pas comme il voudrait, ne lui donne rien à faire et l'engueule si elle essaie de faire quoi que ce soit par elle-même... Bref : c'est très la violence verbale et conjugale, mais comme la femme du baron ne connaît pas par coeur les manières de la noblesse, ça ne choque personne.

Sauf le frère cadet d'Armand, qui s'appelle Cioran. (Rien à voir avec le philosophe, je trouvais la sonorité sympa). Cioran crushe assez sur "Helena" pour avoir des difficultés à articuler ses pensées en sa présence, mais apparemment pas assez pour péter la gueule de son propre frère, même quand celui-ci vient l'accuser de vouloir coucher avec sa femme. Pas pour qu'il arrête, hein : pour lui demander de le faire plutôt derrière des volets fermés qu'à la vue de tous. Nous découvrons que Cioran et Armand ne s'aiment pas beaucoup, le premier accusant le second de manquer de cœur, le second pensant le premier aussi naïf que stupide.

Toujours dans ce chapitre, c'est réunion de crise aussi pour Jean, et celle-là s'étale un peu plus sur les différends entre le royaume de Mara et le royaume d'Ethrinie, vu que le petit Lionel est vachement trop jeune pour avoir assisté à la dernière guerre. Une partie de l'Ethrinie pratique encore l'esclavage, aboli au Mara ; en Ethrinie il est considéré comme normal de cramer des magiciens alors qu'au Mara ce sont des citoyens comme les autres ; bref, les maras voient leurs voisins du nord comme des primitifs dangereux et souhaitent leur imposer la décence à coups d'épée s'il le faut. Comme dit Lionel : "Attends, c'est eux les méchants ?" Pour la défense du scénario, une civilisation dotée d'une diplomatie suffisamment avancée n'a pas besoin d'imposer la décence à coups d'épée et le passage d'une armée, toute libératrice qu'elle se prétende, est une mauvaise nouvelle pour une communauté qui est capable de se nourrir mais tout juste.

La narration prend beaucoup trop de temps à expliquer que Jean est né esclave et qu'il en a très très fort le type ethnique, ce qui lui pose problème avec les nobles des territoires où l'esclavage est encore pratiqué. Il a été offert trente ans auparavant en cadeau à l'ancien duc Héliacin (le grand-père des quatre gamins, non ce n'est pas compliqué à suivre), qui s'est considéré insulté car lui avait formellement interdit l'esclavage dans son duché ; histoire de faire des doigts d'honneur à tout le monde, il a affranchi Jean, l'a anobli, l'a marié à sa fille et l'a nommé son héritier. (Notez qu'il est suggéré que Jean et Isabeau s'aimaient tendrement et qu'il s'agissait avant tout d'un mariage d'amour.)

Jean étant moins idéaliste qu'Héliacin le vieux, il a pensé que ce doigt d'honneur géant ne passerait pas auprès du roi et des autres nobles, a préféré faire profil bas et a mis en place la petite communauté autogérée que nous connaissons. Tout ceci était bien sûr prévu dès le début de l'histoire et pas imaginé sur le tas, pfou là là, de quoi m'accusez-vous.

Nous apprenons également que Jean a guéri Lionel de son alcoolisme juvénile en utilisant la magie et qu'il se sent assez sale à cause de ça.

Une dernière petite scène inutile nous apprend que Fréjane s'est bien installée avec Marc dans le comté de Cerclade et qu'elle n'a pas encore déclenché la révolution du prolétariat. Figurez-vous que, contrairement à ce qu'elle attendait, Gilliam de Cerclade est plutôt sympa : il essaie juste de faire son boulot de noble qui consiste à faire en sorte que tout se passe bien sur son territoire et que le roi reçoive bien ses impôts à temps. Elle a donc décidé d'utiliser la manière douce pour transformer l'endroit en communauté autogérée, d'autant qu'elle est tombée enceinte.

Carte :



Je vous propose d'en rester là pour le moment et de revenir en fin de mois prochain pour la suite de cette merveilleuse (non) épopée de fantasy ridiculement tortueuse d'une adolescente qui ne sortait pas assez.

À la prochaine !

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