La Geste Improvisée du Chevalier Anowan, un premier tome d'Erika Valery
Il y a quelques années, une connaissance en littérature sur le net me demandait si ça me choquerait qu'elle utilise une version de mon pseudonyme sans arobases pour prénommer un personnage dans un de ses romans. Il me semble lui avoir répondu que ça ne me choquerait pas*.
Dont acte : La Geste Improvisée du Chevalier Anowan (j'ai mis beaucoup trop de majuscules dans ce titre et chaque fois que quelqu'un se plaint j'ajoute une majuscule à un mot au hasard dans cet article) est un roman où un iPhone se fait isekai dans un Monde De Fantasy™, permettant à un aspirant auteur de romans de fantasy de notre (?) monde de miroboler et manipuler l'éponyme Anowan, alors jeune fille, pour faire d'elle l'Héroïne de la Prophétie... quitte à Détruire son Monde dans le processus.
Dit comme ça, ça sonne comme une parodie, mais : ce n'est pas une parodie. C'est une déconstruction des attentes du genre littéraire dans lequel cette Geste s'inscrit. (L'héroïc fantasy, c'est-à-dire.) Pourquoi faut-il une prophétie ? Pourquoi faut-il une quête ? Pourquoi faut-il une troupe de joyeux compagnons ? Pourquoi faut-il des chevaux ? Pourquoi faut-il une royauté ? Chaque élément standard de l'univers est remis en contexte et décortiqué d'une manière qui fait de ce monde un endroit où l'Aventure Romanesque ne devrait pas pouvoir se produire - cet univers, à force de stabilité, semble en effet plus propice à un Roman de Terroir.
Puis l'Élément Perturbateur se révèle, écrivain d'un monde parallèle qui fait suppléer son manque de capacité à l'invention dans le genre de la fantasy par sa connexion interdimensionnelle banalisée avec l'héroïne. Ayant ciblé son monde et sa personne pour son intérêt personnel, il lui crée des problèmes parce qu'il veut des Péripéties pour bien faire son Monomythe comme il faut, et le jeu littéraire devient vertigineux.
Car pendant un instant nous sommes renvoyés par le récit à notre condition de public de la fantasy ; nous ne voulons pas d'un pays imaginaire à l'économie cohérente. Nous voulons nos attentes. Nous voulons quelque chose qui ressemble au monomythe. Nous voulons ces péripéties. Nous avons donc cherché ces problèmes, et nous n'en paierons même pas les conséquences. Puis la réalité nous revient pour nous faire nous rendre compte de la disproportion de cette responsabilité du lectorat.
Et une minuscule prise de distance avec le récit fantaisiste nous fait nous dire : Erik, frérot, tu as envoyé un iPhone à FantasyLand par va savoir quelle diablerie et au lieu d'en parler au MONDE ton premier réflexe c'est de groomer une enfant pour lui faire faire une téléréalité à ta seule intention afin de la novelliser ? Et mal, en plus ?
Un second récit vient parfois ponctuer le roman : celui de l'auteur de fantasy en question, pauvre gars ordinaire, contrastant avec la persona de mastermind qu'il adopte dans sa relation avec Anowan, désireux de coucher ses paracosmes sur le papier mais incapable de s'affronter lui-même, transformant ses ignorances sur le marché en certitudes de ce qu'il faut faire pour marcher, sensible au rejet de son expression littéraire, brouillant les pistes entre Ego et Style, Relation ami-amie et Relation auteur-lectrice, Lui et L’Œuvre. Rien de propre à nuire à des vrais gens (à part quelques amies), en temps normal.
Sauf à comprendre son lien avec sa "création" tel que le récit nous le rapporte, sans chercher le twist où celui-ci ne serait qu'une métaphore, et à considérer que, dans ce cas précis, Erik nuit bien à de vrais gens. Déjà parce qu'il leur provoque des nuisances, premier degré ; ensuite parce qu'à force de tordre la chronique pour la faire entrer dans son narratif préconçu, il menace de passer à côté de ce qui fera l'objet véritable de la quête de son héroïne, à côté de ce qui aurait fait l'originalité de son éventuel roman. Impossible pour lui de comprendre l'enquête qui s'esquisse dans le dernier tiers du tome alors qu'il n'a pas prêté attention aux deux premiers.
Pendant ce temps, son héroïne / muse / cible prend conscience, à mesure qu'elle le pratique, de sa médiocrité ; à voir ce qu'elle fait de cette information dans le tome 2. Je lui souhaite de se rendre compte, comme beaucoup d'autres femmes avant elle, que Pygmalion ne sait pas ce qu'il fait, et que c'est OK de le lâcher.
Mais bon, comme ce processus ne prendrait guère qu'un chapitre ou deux sur le tome suivant, leur relation n'en restera sans doute pas là.
Extrait du chapitre "Prologue" du webtoon "Colossale" |
Voilà c'étaient mes deux centimes sur ce Livre Dont Je Ne Suis Pas L'Héroïne C'Est Juste Que Son Prénom C'Est Mon Pseudo, commandez-le à vos librairies, demandez à vos médiathèques de le prendre en stock, bisous !
*À noter que je n'ai aucun, mais alors AUCUN crédit pour QUOI QUE CE SOIT D'AUTRE dans le bouquin : personnages, univers, intrigues, RIEN, NADA, ZILCH. Je me trouve dans la situation d'un enfant s'étant fait offrir un "Livre personnalisé" à son nom, sauf que ceux-là ne se trouvent pas chez Paul & Mike.

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