samedi 29 février 2020

Écriture, validation, imitation

Je marchais tranquillement sur un parking dans le cadre de mon trajet domicile-travail et j'en profitais pour me poser des questions pour l'écriture d'un autre article, intitulé "Mes romans sont-ils maléfiques ?", quand je me suis rendu compte que j'avais tellement dérivé du sujet que mes réflexions étaient parties tout à fait ailleurs.

En fait, j'ai essayé de me remémorer pourquoi j'écris, point barre. Cet article est une exploration d'éléments de réponse.



Déjà, dans ma pratique de l'écriture il y a beaucoup de laisser-aller : j'écris parce que je me laisse écrire, au lieu de faire des heures supp', de ranger la cave ou de repenser entièrement ma vie professionnelle.

Dilettante, j'ai du mal à envisager mon écriture comme une compétence, malgré ce que d'autres gens peuvent en dire de bien ou mal. Je sais que j'ai "progressé", sans avoir jamais trimé pour ça ; je suis passée de trucs à peine lisibles à des trucs lisibles, ou illisibles mais pour des raisons très différentes. Toujours est-il que je n'arrive pas à avoir une vision professionnelle de l'écriture.

Tenez, exemple à la con : l'autre jour au boulot j'ai mélangé de la farine à de l'encre invisible pour voir si la pâte résultante changeait significativement de couleur à la révélation - c'était un test pour un atelier de science amusante, longue histoire.

Quand je me suis aperçue que ça ne marchait pas comme je voulais, je m'en suis voulu d'avoir gâché de la farine alors j'ai pris une pause et j'ai façonné des petits machins dans cette espèce de pâte à sel sans sel, dont une tortue. Si ça sèche correctement, je compte les peindre - la peinture qu'on a au boulot est en fait à moi, longue histoire encore - et m'autocongratuler pour avoir façonné et peint des petites figurines.

L'écriture me fait cet effet-là : je prends une pause et je triture des mots jusqu'à ce qu'ils ressemblent à quelque chose, je les regarde et je suis contente. Ce n'est pas du temps de travail. C'est du temps volé au travail pour mon seul plaisir.

Il y a un truc qui cloche avec cette explication.

Si mon plaisir personnel était vraiment le moteur de mon écriture, si c'était ma seule raison d'écrire, pourquoi je prendrais la peine de mettre à jour un blog ? De poster sur des plateformes d'écriture en ligne ? De piailler sur les réseaux sociaux que j'ai sorti quelque chose ? De demander son avis à mon camarade de vie quand j'ai fini un chapitre ? D'envoyer les chapitres de Mirage par mail à Susi-Petruchka quand je les finis ? Rien de tout ça n'aurait de sens si j'étais vraiment ce petit bonhomme sans ambition qui veut juste coucher sur le papier ses meilleures blagues.


Les exemples ci-dessus suggèrent qu'une part de ma motivation provient de la validation que je peux en tirer, des émotions que je peux causer chez mon lectorat et des retours qui me laissent les entrevoir. (Ou pire, de toutes les personnes qui me mettent des petites tapes condescendantes sur la tête en me disant "C'est bien".)

Toutefois, si j'ai démarré tout ce que je fais (écriture, fiction sonore, dessin), c'est complètement par imitation.

J'ai commencé à écrire quand une camarade de 5ème a apporté au collège une histoire qu'elle écrivait elle-même, imprimée sur des A4 et agrafée à l'arrachée.

J'ai commencé à publier sur des blogs quand j'ai découvert la communauté de gens (beaucoup de meufs) qui utilisaient Les Sims 2 comme outil pour faire des romans-photos. Au bout d'un moment, j'avais envie d'aller plus loin que les limites du jeu vidéo, donc je n'ai plus écrit que les textes.

J'ai commencé à écrire des sagas MP3 quand j'en ai entendues, et je n'ai proposé mes scénarios à la réalisation que quand j'ai vu d'autres gens le faire (dans le topic où je propose mon scénario, je fais même une référence explicite à une autre personne, pour me justifier). Aujourd'hui, où ça se fait moins en public même si encore en privé, j'ai à peu près arrêté de proposer aux gens de réaliser mes scénarios à ma place.

J'ai un blog parce que Mimiryudo a un site, je publie mes nouvelles gratuitement parce qu'il les publie gratuitement. J'ai publié Mirage sur l'Encrier (aujourd'hui disparu) parce que Susi-Petruchka a publié Les Sabliers (désormais introuvable) sur l'Encrier.

J'ai envisagé de passer à un modèle de mécénat à un moment parce que Lizzie Crowdagger utilise un système d'abonnement par Tipeee. (Je suis plutôt en train de me réorienter vers un crowdfunding pour un bouquin autoédité mais c'est pas pour tout de suite et encore une fois j'ai l'impression d'avoir volé l'idée à tous les crowdfundies de ces derniers temps.)

Tout ce que je fais n'est qu'une copie de ce qu'ont fait d'autres gens avant moi, et je ne suis pas certaine de ce que ça me fait ressentir. Ou peut-être que, comme je n'ai pas d'exemple prémâché de ce que ça devrait me faire ressentir, je ne peux pas copier le sentiment.

Résumons ma créativité : elle est inutile, elle me fait rechercher la validation de mon entourage, et elle est copie les autres. C'est chaud.


À quoi me mène ce train de pensée ?
  • Le manque de sérieux est-il une bonne raison de m'interdire d'écrire ?
 Je ne sais pas, mais je crois que j'exploserais.
  • Cette agaçante recherche de validation extérieure est-il si immorale que je doive arrêter ?
Peut-être ! Ou en tout cas repenser la façon dont je publie et communique sur tout mon merdier.
  • Le fait d'avoir tout copié sur tout ce qui bouge m'oblige-t-il moralement à quelque chose ?
Citer ses inspirations est une bonne pratique, il paraît. J'espère l'avoir adéquatement fait ci-dessus.

En parlant de repenser ma vie professionnelle, je note qu'il faut que je me méfie de la tendance et que je ne plaque pas tout pour plagier le business model des autres : ça me reviendrait dans les dents aussi sec.

Que mes bricoles aient été inspirées par d'autres ne me semble pas impliquer que je doive fermer mon blog, arrêter d'écrire ou quoi que ce soit de cet acabit. Si vous trouvez un raisonnement philosophique qui irait dans l'autre sens, je veux bien l'entendre, ça m'intéresse.

Il s'avère que je n'ai rien élucidé avec cet article, rien découvert d'intéressant et rien remis en cause de ma pratique de l'écriture. Ça valait bien la peine de l'écrire ! Heureusement qu'il sort le 29 février, un jour qui n'existe pas officiellement. Pendant le reste des jours véritables de l'année, j'essaierai d'écrire des articles plus utiles.

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